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L’évolution du yoga vue par Colette Poggi

Elle a découvert le yoga l’année de son bac. Une révélation intérieure qui l’a poussée à comprendre et traduire le sanskrit. Docteure en sanskrit et philosophie indienne, Colette Poggi est spécialiste du shivaïsme du Cachemire et enseigne notamment dans des écoles de formation de professeurs de yoga. Sa pratique a beaucoup évolué au fil des années. Elle est aujourd’hui centrée sur l’attention au souffle et à l’espace intérieur.

 

Au fil des années, le yoga a vécu une aventure aux mille visages. Le regard que l’on porte sur les choses dépend pour une grande part de notre vécu. Aussi prendrai-je la peine d’évoquer quelle fut pour moi l’expérience fondatrice. Dans mes jeunes années, je fis à la Sainte-Baume, une rencontre déterminante qui m’orienta sur les chemins du yoga. Dès le départ, l’émerveillement de la pratique se trouva intensifié par la lecture du livre de Marie-Magdeleine Davy, La Connaissance de soi (PUF, 3e édition 2013). Les cours et les stages étaient alors teintés d’un enthousiasme et d’un sentiment d’aventure communicatif : il s’agissait de découvrir une pratique millénaire fondée sur une profonde connaissance de la pensée indienne et de s’inscrire dans une lignée authentique. Et il n’y en avait pas pléthore, comme aujourd’hui. Peut-on dire qu’une certaine innocence régnait alors ? N’idéalisons pas les vétérans !

 

Au cours des décennies suivantes est apparue une diversification grandissante des styles, aboutissant parfois au yoga-gadget ou à un type de yoga se voulant plus tantrique qu’un autre, ou se réclamant de telle contrée. Avec une telle démultiplication des écoles de formation, qu’en est-il aujourd’hui du yoga dharma, « vocation » profonde du yoga ? Appauvrissement, enrichissement ? C’est là un paradoxe, la qualité du yoga résiste à la quantité.

 

J’ai eu le bonheur de côtoyer de grands formateurs à Paris – Ajit Sarkar, Shri Mahesh, Éva Ruchpaul –, pour ne citer que les plus anciens, mais il en existe de plus jeunes tout aussi valeureux. Si la rigueur y est de mise, la variété fleurit aussi. Elle se manifeste notamment sous la forme de recherches individuelles qui dépassent la pratique physique et laissent éclore des aspirations ardentes, fort proches de celles des yogin ou des sages de l’Inde ancienne ou contemporaine. C’est là un incomparable espoir.

Je peux témoigner de cette recherche aux mille visages qui demeure pour moi une source de grande joie, car telle est la véritable raison d’être du yoga. Contre toute attente, je discerne une continuité, depuis la discrète apparition du yoga jusqu’à la génération spontanée des yogas à la mode. Chez les jeunes, les trentenaires en particulier, s’expriment un questionnement vital, intense, une soif de sens et de mise en rapport direct avec les textes-sources du yoga. Faire l’expérience, comprendre, se transformer : le yoga demeure une aventure de métamorphose et de connaissance dont la fécondité n’a pas fini de nous étonner. Nous sauvera-t-elle ?

 

Colette Poggi est l’auteure de nombreux ouvrages de référence, dont les derniers : Dans la confidence du souffle. Rencontre avec Éva Ruchpaul, une yogini impertinente (Almora, 2019) ; Sept joyaux du tantra shivaïte. Rencontre avec sept maîtres du Cachemire médiéval (Éditions Accarias- L’Originel, 2018).

 

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