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Linda Louis : voyage en terre sauvage et gourmande

Par Anne Piovesan

Dès notre premier échange le ton est donné. La voix est franche et dynamique. Je l’imagine à l’orée de « sa » grande forêt berrichonne de retour de cueillette.

Tous les ouvrages de Linda Louis, révèlent ses multiples talents, culinaires et photographiques. L’esthétisme, la précision, le tout détaillé avec des connaissances quasi encyclopédiques. Au delà des livres, on devine son univers. Une cuisine gourmande, sauvage, durable, pleine de délicatesse, et en parfaite harmonie avec la nature. Rencontre poétique avec une grande dame de la cuisine bio.

Votre enfance est jalonnée de souvenirs culinaires ?

J’ai eu une enfance heureuse, avec une mère attentionnée, qui cuisinait beaucoup, un père qui passait beaucoup de temps dans son potager et une grand-mère qui lisait beaucoup. Si je ferme les yeux, je me revois en train de faire de la dinette avec les épluchures de légumes, des pissenlits et de la terre, d’écosser les petits pois, faire les conserves avec ma mère, aller à la pêche au bord du Cher avec mon père. Quand nous partions en vacances, c’était toujours à la montagne, dans des petits gîtes nichés dans un cadre de nature extraordinaire. Et puis, j’adorais lire, dessiner des paysages et des animaux et regarder les reportages animaliers à la télé.

Parlez-nous de votre univers ?

Dans le Berry (Centre-France), non loin de Sancerre. Mais je me rends aussi souvent dans une propriété forestière située dans l’Allier (Auvergne), les week-ends, pendant les vacances (enfin dès que je peux). Je suis une fille de la campagne (qui aimait la ville fut un temps!), qui aime être paumée au milieu de nulle part, pourvu que cela soit dans un espace naturel. Ma vie est simple, rythmée par la création de recettes, le travail éditorial et presse, le jardin, les enfants, les courses… Dans ma maison, il y a trois chiens, des piles de livres et de vaisselles prêts à tomber par terre, des dessins de ma fille accrochés un peu partout sur les murs, des panières de linge à trier… Dans mon jardin, plein de fruitiers, des poules, des chats abandonnés (plus vraiment maintenant), des pots d’aromatiques, des plates-bandes d’ortie…

Comment en êtes vous venue à créer votre blog « cuisine campagne ?

J’ai tout simplement voulu faire ce dont je rêvais ! Auparavant, je travaillais dans la communication écrite, dans une grande entreprise. Les points positifs, c’était l’écriture et l’excellente ambiance qui régnait entre collègues dans le service ; les points négatifs, c’était le sujet (l’assurance et la gestion des risques professionnels… pas très fun, n’est-ce pas ?!) et le monde même de l’entreprise. Au fond de moi, je sentais que je pouvais être plus utile et plus épanouie ailleurs. C’est mon conjoint (l’homme-ours !) qui m’a soufflé l’idée de me lancer dans la rédaction culinaire. « Peut-être qu’un jour, tu pourras faire des livres de cuisine bio ? » me disait-il… Cela a été un électrochoc pour moi, comme une évidence. J’aimais écrire, cuisiner et surtout, j’avais envie de défendre des valeurs alimentaires, respectueuses de la santé et de la nature. Alors je me suis lancée dans cette aventure, avec sincérité et passion et quelques années après, des opportunités se sont présentées à moi.

Mars 2006. A l’époque, je ne connaissais pas du tout la blogosphère culinaire et n’avais pas la moindre idée que c’était un univers à part entière ou en devenir. A vrai dire, j’en avais assez de travailler en entreprise, je voulais me lancer à mon compte et avoir un espace créatif à moi, sans contrainte extérieure, avec une fenêtre ouverte sur le monde. Le milieu a bien évolué depuis, nous sommes des milliers désormais.

A travers Cuisine Campagne, j’aspire à ce que les gens s’alimentent mieux et respectent plus la nature (discours très fleur bleue mais complètement assumé!). Souvent, je reçois des mails de lecteurs qui me disent avoir amélioré leur façon de consommer, grâce à certaines recettes (publiées sur mon blog ou dans les livres aux éditions La Plage). Ce n’est peut-être qu’une goutte d’eau, mais c’est encourageant. Et puis, mon blog est aussi un espace que j’ai voulu à la fois contemplatif et instructif. Dès le départ, je me suis dit que les images pouvaient être un moyen de capter le lectorat et que les textes seraient là pour appuyer le discours.

Votre livre « l’appel gourmand de la forêt », c’est celui que vous rêviez d’écrire depuis longtemps ?

Quelle expérience fantastique ! Même si j’ai adoré réaliser mes précédents ouvrages, « l’Appel gourmand de la forêt » a une résonance toute particulière. J’ai eu la chance de pouvoir faire ce livre effectivement assez proche du fil conducteur de mon blog, grâce à mon éditrice qui m’a laissé carte blanche sur le sujet. Au départ, j’ai déterminé les plantes, arbustes, arbres et champignons que je voulais traiter (30 au total). Ensuite, il a fallu mettre sur papier des idées de recettes. C’est assez difficile pour moi de délivrer les étapes de la préparation de ce livre, car je l’ai vécu comme un tourbillon qui a duré un an. Il fallait se caler sur les saisons (les violettes en mars, l’ail des ours en avril, les asperges des bois en mai, les cèpes en septembre), pour prendre des photos in situ et ensuite se dépêcher de composer les recettes à la maison. Il y a eu également toute l’étape de rédaction des introductions et des fiches botaniques (rédigées durant la période de récolte de la plante, pour être dans le jus et trouver l’inspiration des mots). Quand j’ai terminé mon manuscrit (340 pages, une centaine de recettes, 300 photos), je me suis sentie à la fois soulagée et triste. Ce livre a été pour moi une étape-clé dans ma vie professionnelle et personnelle.

Sans vouloir développer des théories apocalyptiques, je crois qu’il est important de gagner en indépendance. La forêt est un biotope unique, qui nous permet à la fois de nous chauffer et de cuisiner (avec son bois), de nous nourrir (avec ses plantes et ses champignons sauvages) et de nous protéger. Une belle et vaste prairie n’offre pas les mêmes perspectives ! La forêt est notre habitat originel, le berceau qui a vu naître notre humanité, ne l’oublions pas. Renouer avec elle permet de retrouver l’instinct animal qui sommeille en nous, mais qui demeure trop souvent mis sous cloche à cause de nos vies modernes.

 

Linda Louis : l’Appel gourmand de la forêt, Editions La Plage
Anne Piovesan est naturopathe spécialisée dans l’alimentation saine, elle propose des ateliers culinaires en bio et réalise des stages où elle délivre conseils et recettes.

www.annepiovesan.fr

http://www.boutiqueyogi.com/stages/43-ma-retraite-yogeek-avec-peggy-menager-et-anne-piovesan-du-20-au-22-novembre-2015-.html

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