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Mikarama – Yoga en Entreprise

« La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent. » Albert Einstein.

Si nous avons parfois la sensation que rien ne bouge, je peux vous dire, de par mon expérience, que les choses changent. L’actualité nous montre l’essor de Daech et de son organisation mais à l’opposé, il existe une autre communauté, celle des yogis, qui ne cesse de grandir. Elle n’est certes pas prête à se battre, pas de cette manière en tout cas mais elle porte une certaine idéologie et pèse de plus en plus lourd économiquement. Or, l’influence, dans notre monde, va souvent de pair avec les moyens. Alors, continuons de peser de plus en plus lourd, de diffuser nos idées tout en espérant que l’esprit reste intact. Avec les grands pouvoirs viennent les grandes responsabilités, dit-on!

Nous sommes bien engagés dans cette voie comme nous le montre un événement récent. La première journée mondiale du yoga, décrétée par l’UNESCO, s’est en effet déroulée le 21 juin dernier. N’en déplaise aux traditionalistes, aux puristes qui ne jurent que par «la véritable» expérience, aujourd’hui le yoga appartient au patrimoine de l’humanité et se pratique même de façon superficielle. Et c’est une bonne chose: cela n’empêche en rien les puristes de rester fidèles à leur conception mais permet au yoga d’avoir plus d’écho encore.

Nous avons tous envie de changer le monde et le yoga porte l’engouement nécessaire à cette révolution. Il se diffuse progressivement mais sûrement. Vous avez vu d’abord des artistes en faire puis enfin le yoga est arrivé chez vous, dans votre quartier et même au travail. Le yoga se retrouve au sein même de l’entreprise, peut être bientôt dans le monde ouvrier et militaire, pourquoi pas ? Cela s’est déjà vu au sein de la school infantry-west du camp Pendleton, en Californie, qui dans le cadre d’un projet pilote offrait huit semaines de cours de yoga à 80 membres… A quand en France?

Ma propre expérience démontre bien ces évolutions. Lorsque j‘avais 19 ans, je commençais le yoga et j’étais devenu un huckleberry finn . Je voyais bien dans les yeux de ceux qui faisaient des études de commerce, de droit, de médecine que mon orientation leur apparaissait quelque peu fumeuse et sans issue… J’étais pour eux un hippie déluré. Je continue pourtant de croiser leur chemin et m’insère dans ces diverses voies en y jouant un véritable rôle aujourd’hui. J’étais récemment invité par Elisabeth Laville à participer au programme NOE, un séminaire de leadership organisé par son entreprise « Utopies » (agence pionnière dans le développement durable). Les participants à ce séminaire étaient des cadres dirigeants et hauts potentiels provenant du business et des fonctions transverses de l’entreprise. A ce jour, une quinzaine d’entreprises sont partenaires de l’initiative, parmi lesquelles Danone, Rexel, Groupe Caisse des Dépôts, Groupe Bouygues, La Française des Jeux, Leroy Merlin, BNP Paribas, Axa Tech, Vivescia, SNCF, Lafarge, Groupe Bel, etc…

De tels événements illustrent bien que la scission qui semblait exister auparavant entre le yoga et le monde « traditionnel » du travail n’a pas lieu d’être. Et ce changement s’est opéré grâce à vous. Qui d’autre que nous, tous ensemble, formons la société ? Le yoga en entreprise m’intéresse même si les deux semblent complètement antinomiques. Cela l’est probablement pour le yogi qui se voue à l’isolement, mais qu’en est-il de celui qui vit dans la vallée, avec les autres, qui a une vie matérielle et aspire à une vie spirituelle ?  ..(pour l’anecdote  ..Steve Jobs qui lui du coup venait de la silicon Valley n‘avait téléchargé qu’un seul livre dans son i-pad : «autobiographie d’un yogi» !)

Or justement, une façon d’être spirituel est de travailler la relation que l’on entretient avec le monde qui nous entoure. Le yoga n’avait d’autre choix que d’entrer dans nos vies via le monde de la consommation. Avec la mondialisation, nous nous rendons d’autant plus compte du lien que nous entretenons avec les autres en achetant responsable, en favorisant le commerce équitable, en étant bio … Même si ces sujets sont discutables il faut toujours encourager le moindre effort. Aujourd’hui, nous payons un cours entre 18H et 19H30, nous achetons un livre,  payons un stage de 3 jours … Nous consommons le yoga ! Donc rien de mieux pour le yogi moderne et urbain que d’intégrer le yoga au monde de l’entreprise. Attention tout de même, alors que le cow boy Malboro nous vendait «la liberté» (ça nous fait bien rire aujourd’hui), il reste encore des entreprises qui se servent des valeurs du yoga pour vendre leur produits sans éthique ou entretenir le train de vie de leurs dirigeants envers les humains, les animaux.  Mais il faut reconnaitre que de plus en plus des consciences s’éveillent, que le yoga se pratique en entreprise et, quand je parle de yoga, je ne parle pas seulement d’étirements mais surtout de méditation, de préceptes de non violence et ce qui s’en suit.

Nikolas Tesla disait dans son autobiographie : «Le but d’un inventeur est de trouver des solutions pour préserver la vie. Que ce soit en mettant certaines énergies au service de l’humanité, en perfectionnant les appareils, ou en inventant des dispositifs qui rendent la vie plus confortable, il contribue à améliorer la sécurité de notre existence.» l’entreprise doit être bienveillante et doit permettre à ses ouvriers de se réaliser et de construire ensemble un monde merveilleux pour les enfants de demain… C’est beau !! Aarf… quoi de mieux que de réaliser en même temps , en un même lieu, le projet professionnel qui se porte vers l’extérieur et le projet intérieur

Swadisthana est le chakra secret… Celui de la réalisation de soi, une étape essentielle pour trouver sa place au sein du groupe et en son propre sein… quoi de mieux que de réaliser en même temps, en un même lieu, le projet professionnel qui se porte vers l’extérieur et le projet intérieur… en faisant du yoga au boulot !!

————–INTERVIEW ———–

Je profitais d’être à ce séminaire pour demander à Elisabeth Laville ce qu’elle pense du Yoga dans l’entreprise…  aussi simplement que cela !!

Diplômée d’HEC en 1988, Elisabeth a passé quelques années au planning stratégique de deux agences de publicité avant de créer Utopies en 1993. Elle est depuis reconnue comme l’une des expertes européennes du développement durable, a reçu le Prix Veuve Clicquot de la Femme d’Affaires de l’année en 2008 et a été faite Chevalier de la Légion d’Honneur cette même année. Elle est l’auteur du best-seller « L’entreprise verte » et de plusieurs autres ouvrages. Elle siège au Conseil d’Administration de Nature & découvertes, de Rabot Dutilleul et de plusieurs ONG ou fondations (dont Unis-Cités et la Fondation Tour du Valat).

Mika: Elisabeth, tu connais bien le monde de l’entreprise et celui du yoga (!!)?

Elisabeth : (rire) moins que toi celui du yoga mais celui de l’entreprise, oui.

Tu as au sein de ton entreprise instauré des cours de yoga, cela est-il bénéfique ? Productif ?

EL : c’est le sujet du séminaire  et comme dit Thomas D’Ansembourg, qui parle d’intériorité citoyenne, il faut préconiser des temps pour soi au sein du travail. Quand on a un boulot avec des délais a respecter, dans le métier du conseil pour nous par exemple, nous sommes toujours soumis aux délais de nos clients, nous avons la pression des consultants… en réalité nous gagnons du temps et de l’argent avec des salariés «reposés» un peu comme dans les entreprises qui installent des crèches sur le lieu de travail, la première que j ‘avais vue c’était il y a 20 ans chez Patagonia aux Etats-Unis et depuis ça a fait des émules.

Instaurer le yoga au sein de la boite c’est une façon d’inciter les salariés à prendre une pause ce qui pourrait paraitre anti productif pour l’entreprise. Tout le monde se demandait comment cette boite pouvait s’offrir le luxe d’installer cette crèche et le boss répondait que pour lui ce n ‘était pas un luxe, si par exemple un parent avait un enfant malade cela ne l’empêcherait pas de venir travailler !

Comme nous avons des vies assez stressantes, dans la mesure où l’entreprise ne se substitue pas au libre arbitre des gens nous proposons des alternatives au sein de la boite… Ce qui permet aussi de ne pas engranger le stress des transports en commun etc si ils devaient aller au club après le travail…  on essaie de les ouvrir à des choses auxquelles ils ne penseraient pas d’eux-mêmes. Le yoga par exemple , j ‘ai vu que ça fonctionnait sur moi alors j ‘ai voulu le proposer à mes salariés.

Que penses-tu des valeurs que porte le yoga et qui sont reprises dans le monde des entreprises lorsque ces valeurs sont affichées dans des slogans publicitaires. La question que je me pose est-ce un miroir aux alouettes ou y ‘a t il une véritable révolution qui est entrain de se mettre en place ?

Je pense que c ‘est encore un miroir aux alouettes mais ça vaut le coup d’être tenté…

Dans le «petit traité des grandes vertus» André Comte-Sponville parle de la politesse. Il dit que finalement la politesse est un simulacre de vertu car un vrai salaud pourrait être poli tout comme les nazis étaient connus pour faire preuve de grande de politesse.

Dire «bonjour» «au revoir» donne les signes extérieurs d’une écoute, d’un respect et du coup ce n ‘est peut être pas la vertu elle même mais ça adopte les signes extérieurs de la vertu… et un peu comme en psychologie positive cela devient comme un rituel qui met une société sur les bons rails. Donc oui il y a probablement un risque de «yogawashing» si les publicitaires récupèrent les valeurs du yoga comme le phénomène «greenwhashing» par rapport à la récupération de l’écologie. J‘ai tendance à penser que si une entreprise communique très fort sur ces valeurs là, de toute façon même si elle n ‘est pas à la hauteur elle s’oblige elle-même à se mettre a la hauteur, et souvent c’est comme ça que ça se passe. Les entreprise communiquent de façon ambitieuse par rapport a ce qu’elles font en réalité du coup le public réagit souvent « si tu dis ça, tu dois aligner tes pratiques sur ton discours » et ainsi les pratiques changent. Rarement elles arrêtent de communiquer et finissent par changer les pratiques réellement. Du coup on peut espérer ..»

..espérer et travailler comme le colibri de Pierre RAbhi … La légende dit qu’un colibri essaya d’éteindre un feu de forêt en allant chercher des gouttes d’eau qu’il mettait dans son bec. Tous les autres animaux regardaient sans savoir quoi faire, l’un d’eux lui dit qu’il fallait être réaliste, qu’il ne pourrait éteindre l’incendie dans la forêt.. Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Bon travail…

 » Notre pouvoir ne réside pas dans notre capacité à refaire le monde, mais dans notre habileté à nous recréer nous-mêmes.  »

Mohandas Karamchand Gandhi.

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