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Yoga Journal France alexandria Crow

Patanjali n’a jamais parlé d’alignement

Par Alexandria Crow

Ceux qui me connaissent savent que dans mes cours, j’insiste beaucoup sur l’alignement.  Et encore, c’est un euphémisme. Mon travail est axé sur l’anatomie, et je cherche à comprendre comment fonctionne le corps au niveau mécanique (comme le montrent mes séries Alignment Cues Decoded sur YogaJournal.com).

Ceci dit, Patanjali n’a jamais parlé d’anatomie ou d’alignement. Alors pourquoi s’embêter ? J’enseigne l’alignement et l’anatomie pour deux raisons bien précises. La première est pratique, et la seconde s’intègre dans la philosophie des Yoga Sutra.

Raison pratique pour laquelle j’enseigne l’alignement dans le yoga

Lorsque j’ai commencé à pratiquer physiquement les asanas de yoga, j’étais loin d’imaginer que c’était une philosophie qui allait changer ma vie. Sur le tapis de yoga, j’ai ressenti quelque chose de différent, par rapport à d’autres sports et activités que j’avais pratiqués, mais j’ai mis des années à trouver ce que c’était. Pour moi, le yoga était une forme d’exercice physique, de sport, d’acrobaties. Et c’est ce que pensent beaucoup de gens, tant que le yoga ne les a pas touchés à des niveaux plus profonds. Ce n’est pas grave ! En tout cas, en tant que professeure, je dois traiter les postures comme un sport, d’une certaine manière, avec la sagesse d’un kinésithérapeute, d’un coach ou d’un entraîneur.

Chaque corps est différent et possède son propre fonctionnement et sa propre souplesse. Il n’existe pas d’alignement ni de posture universels. Mais avec le temps, j’ai découvert qu’on pouvait aborder toutes les limites dans un cours en identifiant les priorités d’alignement des élèves. Puis ils progressent petit à petit, en respectant les règles de l’anatomie et l’effort musculaire, pour atteindre la posture culminante. Je les laisse décider si l’étape suivante est faisable en suivant les priorités. Cela leur donne une méthode pour passer, étape par étape, de la posture simple à la posture qui semble impossible, et permet de limiter les risques de blessures. Les novices se feront mal. Ils feront les mauvais choix et se blesseront. J’en ai moi-même fait l’expérience. Mais au bout du compte, une partie de cette pratique consiste à apprendre à faire la différence entre une sensation pénible et une douleur dangereuse. Et mon rôle est d’éviter la douleur dangereuse dans la mesure du possible.

Raison philosophique pour laquelle j’enseigne l’alignement dans les asanas

C’est véritablement le premier sutra, et le yoga maintenant, qui a changé ma vie et qui, je le vois, transforme également celle de mes élèves. Mais il est difficile d’être présent maintenant, en toute sagesse et lucidité, pour se détacher de pensées et comportements nocifs, et devenir bienveillant et plus confiant avec soi-même et le monde.

Pour vivre selon cette philosophie, nous devons trouver un outil et l’utiliser, encore et encore. C’est cette utilisation, ou pratique, répétée qui nous permettra de progresser. L’outil avec lequel la plupart d’entre nous commençons et poursuivons par la suite est l’asana.

Le Sutra ne fait véritablement référence aux asanas que lorsqu’il déclare que ce qu’il appelle « asana » est un équilibre d’effort et de sérénité, ou de ténacité et d’abandon, une association d’opposés. C’est tout. Patanjali ne dit rien à propos de guerrier II, du triangle, ou du poirier, ni sur l’alignement dans ces postures. Dans ce cas, en quoi pouvons-nous considérer cet asana que nous enseignons et pratiquons comme du yoga ?

Le yoga sutra qui inspire l’enseignement d’asana

Le sutra 2.1 explique comment et pourquoi j’enseigne de cette manière depuis toujours :
Tapah Svadyaya Isvarapranadhnani Kriya Yoga. 

Que je traduirais par :
« Choisissez la difficulté, souvent l’opposé de ce que vous dicte votre instinct, qui vous fera avancer, soyez attentif pour voir si le travail est bénéfique ou s’il vous blesse et faites des choix judicieux en conséquence ; abandonnez-vous au processus, en sachant que ce travail vous apportera une vie moins douloureuse et plus confortable. »

Mon professeur m’a enseigné que ces principes inspiraient non seulement l’enseignement des asana, mais en faisaient également une pratique de yoga complète sans qu’il soit nécessaire d’ajouter des éléments ésotériques que je n’étais pas encore prête à aborder. On m’a appris à étudier l’anatomie plus en profondeur, à bien enseigner l’alignement, à apprendre à mes élèves à faire les bons choix d’accessoires et de modifications de postures, à travailler dur, à rester présents, et à s’abandonner au processus sans se focaliser sur le résultat final. Je leur explique que la posture finale qu’ils voient sur les photos n’a pas d’importance, qu’en commençant par la variation la plus simple en s’appliquant, puis en la développant au fil du temps, ils finiront par arriver là où ils sont censés arrivés.

Je ne peux pas parler d’effort sans parler d’alignement, et sans effort, selon le sutra 2.1, il n’y a pas d’asana. L’alignement est fondamental pour aborder chaque posture avec prudence, chaque jour dans l’instant présent. Si j’ajoute à cette difficulté la souplesse de la respiration et l’abandon de tout jugement ou déception à propos du résultat, j’enseigne les asanas tel que Patanjali les définit. De plus, en associant ces deux philosophies, effort/souplesse et prise de décision judicieuse, je fais en sorte que mes élèves se concentrent sur le « maintenant ». C’est en cela qu’ils pratiquent véritablement le yoga, en utilisant l’alignement comme outil.

À propos d’Alexandria Crow

Alexandria Crow

En pratiquant le yoga, Alexandria Crow a appris à aborder la vie les yeux ouverts, et sans craintes. C’est une découverte importante qu’elle espère transmettre à ses élèves. Elle les guide étape par étape, à travers des séquences créatives qui leur apportent tous les ingrédients requis pour que chacun s’épanouisse. En apprenant à ses élèves à se concentrer sur l’alignement mais également sur ce qu’il se passe dans le corps et dans l’esprit, Alexandria leur apprend à mettre plus de conscience dans tout ce qu’ils font.

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