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Qu’est-ce qu’un Gurû ?

Par Boris Tatzky

Enseignant et formateur de Yoga de l’académie de yoga d’Aix-en-provence : www.academie-de-yoga.fr

 

ÂCHÂRYA ou GURÛ

Extrêmement galvaudé en Occident et utilisé dans toutes sortes de domaines, le terme « gurû » est devenu confus et parfois source de méfiance.

Nos références seront les enseignements du célèbre yogi Krishnamacharya et ceux de son fils Sri T.K.V. Desikachar, donc purement dans le cadre de la tradition du yoga.

Trois termes peuvent désigner une autorité ou un enseignant qui est engagé dans une relation pédagogique :

Pândit, Âchârya et Gurû.

« Pândit » désigne un érudit qui connaît le sanskrit et qui a étudié des textes traditionnels. Il peut transmettre ces textes et approfondir leur subtilité mais il n’entre pas dans le domaine de la pratique. Il transmet un enseignement intellectuel.

« Âchârya » est un terme plus complexe qui présente au moins deux aspects. C’est un titre donné à différents sages, successeurs des poètes Alvar d’expression tamoule et qui professent une forme de Bhakti Yoga, une dévotion envers le dieu Vishnu. Dans le cadre du yoga, c’est également un titre donné à ceux qui ont étudié des textes, qui sont capables personnellement de les mettre en pratique et ainsi de transmettre leur contenu et leur mise en application.

Le terme sanskrit « gurû » peut apparaître plus difficile à cerner, car il correspond à une multitude de situations. Sa définition reste délicate car aucune autorité n’est habilitée à vérifier ce titre. Il peut se traduire, entre autres, par « vénérable », « maître », « celui qui dissipe les ténèbres ».

Dans la religion hindoue, c’est un titre donné au maître spirituel qui s’occupe des jeunes brahmanes. Ce titre peut également désigner le guide d’une communauté spirituelle et, par extension, les directeurs de différentes disciplines spécifiques (musique, arts martiaux, danse, etc.). Dans le cadre du yoga, il désigne généralement un maître dont on reconnaît la réalisation spirituelle et que l’on choisit pour être accompagné dans sa recherche intérieure.

« Gurû » est aussi parfois traduit par « celui qui a du poids ». Le poids en question désigne la force de la parole du maître qui peut éclairer l’élève et répondre à ses questions.

Traditionnellement, c’est le disciple qui sollicite l’enseignant qu’il souhaite choisir comme gurû. Ce dernier accepte, ou pas, cette nouvelle relation. Il y a donc une tacite reconnaissance afin que la transmission puisse se dérouler. La présence du disciple auprès du gurû peut être très suivie ou épisodique.

Selon les circonstances, les leçons prodiguées peuvent porter sur des aspects physiques, psychologiques ou spirituels. Cependant, les traditions s’accordent pour dire que l’évolution positive de l’élève, au contact de son gurû, devrait se manifester dans sa vie quotidienne par un changement de perception, de conscience morale et de conscience spirituelle. La notion de maître spirituel en Inde est très variable selon les traditions et elle a bien sûr évolué avec le temps.

J’aimerais citer un exemple personnel. Sur les conseils avisés de mon professeur, Roger Clerc, je suis allé plusieurs fois à Chennai pour recevoir, lors de cours individuels, l’enseignement de T.K.V. Desikachar. Outre la richesse de ses enseignements, la perspicacité de sa parole m’a profondément marqué. Lors d’un séjour à Chennai, après un peu plus d’un mois de cours quotidiens, au moment de mon départ Desikachar m’a dit : « Il est important d’avoir la langue douce ». Comme je ne comprenais pas bien ce qu’il voulait dire, il m’a précisé : « Dites toujours la vérité de ce que vous ressentez mais faites en sorte que votre interlocuteur ne soit jamais heurté ».

Depuis, je m’y applique mais je suis encore très loin d’avoir réalisé ce principe qui a été pour moi une parole plus percutante que bien des pratiques réalisées auparavant.

T.K.V. Desikachar m’a semblé être un modèle de gurû moderne ancré dans une tradition authentique. Il se singularisait par sa simplicité, son humour, sa sincérité et le respect porté à chacun de ses élèves, ce qui ne l’empêchait pas d’être exigeant. Il ne s’est jamais présenté comme un gurû, et je suis certain qu’il aurait réfuté ce terme, mais plusieurs de ses élèves le considéraient comme tel. Son rayonnement international reposait sur les immenses connaissances héritées de son père, le célèbre yogi Krishnamacharya, mais aussi sur sa sincère empathie vis-à-vis de chacun. Il ne portait jamais de signe ostentatoire de sa fonction, demeurant toujours humble et dans une grande qualité d’attention face à son interlocuteur. Autre attitude également fondamentale, il faisait en sorte de ramener l’élève à lui-même afin d’éviter une situation de dépendance entre l’enseignant et le pratiquant.

Article complet à retrouver dans Yoga Journal N°10

Photo : Boris Tatzky et T.K.V. Desikachar

Très belle journée, Namaste

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