fbpx
Rencontre avec MelodyMoore

Rencontre avec Melody Moore psychologue clinicienne

Une psychologue clinicienne nous explique de quelle manière le yoga peut aider à accepter ses émotions et à s’aimer soi-même.

Par Seane Corn

Seane Corn : Comment votre métier de psychologue et votre expérience du yoga se sont mêlés pour trouver le chemin de la guérison et de la transformation ?

Melody Moore : Après avoir terminé mon doctorat en psychologie clinique, j’ai intégré des études postdoctorales au sein d’un institut de psychanalyse. J’ai créé une discipline dans laquelle je pouvais pratiquer le yoga tous les jours à 8 h 30 et retrouver ensuite mon canapé de psychanalyste à 10 heures, du lundi au vendredi. Après une pratique physique sur le tapis de yoga, j’avais une compréhension plus claire de mon esprit, de mes schémas comportementaux et des moments où je n’acceptais pas les attitudes que j’avais pu avoir ou les choses que j’avais vécues. Les deux processus et pratiques ont commencé à me guérir. Cela a pris quelques années mais j’ai progressivement découvert que le yoga n’était pas simplement une discipline du corps et la thérapie une discipline de l’esprit. Au contraire, les deux pratiques participent à la connexion corps-esprit. Les deux disciplines vous relient à l’âme, à la vérité. J’ai commencé à réfléchir à la manière dont je pouvais appliquer à la vie de mes patients mes expériences positives sur le tapis et lors de ma thérapie.

S.C. : Vous êtes spécialisée dans l’image du corps dans le yoga, la dysmorphie et les troubles de l’alimentation. Pouvez-vous nous parler, en tant que psychologue, de votre perception de ces problématiques au sein de la communauté du yoga ?

M.M. : En se développant, le business du yoga a véhiculé l’idée selon laquelle pratiquer le yoga brûlerait les calories ou vous permettrait d’avoir une certaine apparence physique. Mais le yoga a aussi le pouvoir de guérir les personnes souffrant de troubles de l’alimentation. Elles ont souvent rompu le lien entre leur esprit et leur corps alors que le yoga est une union de ces deux dimensions. Cela me fait mal au cœur quand il est utilisé comme un moyen de continuer à rompre ce lien, en se servant de l’exécution des postures pour se mesurer aux autres, se comparer, s’attacher aux résultats et repousser ses limites. Le yoga peut, au contraire, permettre de rechercher l’acceptation de soi et d’autrui, de développer la pleine conscience et de vivre l’instant présent.

S.C. : Quelle responsabilité a un professeur de yoga lorsqu’il ressent une vulnérabilité dans la salle de cours ?

M.M. : Premièrement, c’est notre devoir de nous demander constamment où nous nous situons par rapport à notre image corporelle et notre propre capacité à nous sentir valorisés malgré notre apparence physique et les « performances » de notre corps sur le tapis. Si nous n’avons pas conscience des zones en nous que nous n’acceptons pas, nous ne pourrons pas aider les autres. Il est également important de ne pas pousser les élèves à atteindre une posture pour ne pas véhiculer l’idée qu’être capable de faire est plus important que ressentir.

S.C. : Qu’est-ce que l’association Embody Love Movementet comment a-t-elle vu le jour ?

M.M.Il y a quatre ans, je suis allée en Afrique du Sud dans le cadre du projet Off the Mat, Into the World, lancé par le Global Seva Challenge. Nous avons rendu visite à l’association GOLD (Generations of Leaders Discovered). Cette association forme des collégiens et des lycéens à la compréhension de la transmission du virus du VIH/SIDA et les renvoie ensuite dans leur école, pour qu’à leur tour ils transmettent aux jeunes de leur âge les mythes et légendes sur la transmission du VIH. Rien d’étonnant à cela : les adolescents sont plus à même de s’écouter les uns les autres, plutôt que d’écouter une psychologue, leurs professeurs ou leurs parents.

J’ai alors eu un déclic ! J’ai créé un programme de huit semaines qui combinait yoga et psychothérapie, avec une mise en application pratique à l’issue du programme. Je l’ai proposé aux filles qui suivaient une psychothérapie individuelle avec moi depuis des années. Elles ont été transformées. Elles se sont senties valorisées et confiantes. Elles ont voulu à leur tour agir pour s’assurer que d’autres filles et femmes ne souffrent plus. Nous avons alors créé un programme appelé Inner Beauty Shop qui consiste en un atelier de trois heures comprenant du yoga et d’autres activités, pour des filles et femmes à partir de 12 ans. Nous avons démarché des collèges, des lycées, des universités, des colonies de vacances, des églises et d’autres associations, afin d’empêcher d’autres jeunes filles de grandir avec l’idée qu’elles n’en valaient pas la peine ou que leur valeur était basée sur leur apparence. Nous avons formé 100 animateurs et proposons 12 formations au niveau national cette année, en plus de nos autres programmes.

S.C. : Quels enseignements pouvez-vous partager avec les personnes qui souhaitent fonder une organisation à but non lucratif ?

M.M.J’écoute mes patients et les autres personnes de la communauté pour comprendre leurs besoins et déterminer de quelle manière je peux rendre service, plutôt que d’imposer mon concept ce qui peut être plus blessant que bénéfique. Je vous recommande aussi de vous entourer de mentors et de conseillers. De cette manière, une vraie communauté de personnes vous entoure et vous soutient en toute honnêteté.

Melody Moore, psychologue et professeure de yoga certifiée, dirige une formation pour les animateurs du programme Embody Love Movement.

Dossier à retrouver dans Yoga Journal N°6

Namasté

Laisser un Commentaire