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Tous au tapis !

On commence par une pratique sur le tapis ? Quelques fous rires, des moments partagés et de bonnes discussions. Voilà un programme plutôt sympathique pour la famille. Cinq, dix, quinze années plus tard, l’écoute de soi est intégrée, il est temps de l’appliquer aux autres. A commencer par ses proches.

 

Pendant huit ans, chaque mardi soir, Laurence et son mari Pascal ont pratiqué le yoga avec leur fils Aubertin (13 ans) et leur fille Lou (9 ans) dans leur salon parisien. « C’était un plaisir pour tous, Aubertin n’a jamais manqué une seule séance malgré toute la difficulté qu’il avait à se concentrer et à se calmer », se souvient la mère. Suivre un cours familiale était une décision unanime avec l’envie commune de prendre soin de soi, de prendre du recul et de le faire ensemble. « Ca nous faisait rire de le voir bouger sans cesse mais ca nous énervait aussi », se rappelle Laurence. A l’entendre, c’est le regard bienveillant et patient de leur professeur, Nathalie Melkuz, qui a permis à chacun de trouver sa place. Pour Nathalie, ce sont ses élèves qui se sont adaptés les uns aux autres. « Chacun a fait un bout de chemin pour respecter et accueillir les attentes et besoins des autres ». Le pré-adolescent voulait se défouler, on l’acceptait. Les parents de se détendre, on l’acceptait.  Dès lors, il n’était plus si difficile de s’ouvrir : Aubertin a réalisé qu’il s’agissait d’un rituel familial important pour ses parents qui, eux, ont su voir que leur fils se détendait au cours des séances familiales.

 

Pratiquer en famille sur le tapis

 

Une enseignante à l’écoute, un cours privé, une famille préparée (les parents méditent, pratiquent le Qi Gong), c’est un cas de figure idéal. Ce n’est pas toujours aussi facile de pratiquer en famille. Un frein important étant la différence d’âge. Dans les cours collectifs, la tendance est de cerner un public : cours enfants, séniors, féminins, thérapeutiques, … Heureusement, il reste quelques zones de liberté où l’on accepte de s’aventurer les uns aux côté des autres malgré nos différences (voir l’article en fin de dossier). Cela n’est pas évident, c’est même un défi car, oui les enfants s’agitent, les séniors bougent lentement, les fratries se jugent et se comparent.

 

Elsa et sa sœur jumelle, Eve, pratiquent toutes les deux le vinyasa yoga dans le même centre mais à des heures différentes. « Cela vient certainement de la gémellarité, suppose Elsa, on nous compare, on nous confond, il fallait que le cours de yoga soit un moment pour moi ». Pourtant, c’est elle -pratiquant depuis 5 ans, qui a poussé sa sœur à faire du yoga pour se détendre. Ce faisant, Elsa a trouvé une pratique qui les réunit sans les fusionner. Aujourd’hui, les deux jeunes femmes médecins aiment se retrouver avec leur mère et leur tante qui pratiquent elles aussi, qui dans les Landes, qui à Bordeaux. « On s’amuse à faire des postures ensemble au cours des longs repas familiaux. C’est aussi l’occasion de parler de notre ressenti, de notre façon de voir le yoga ».

 

Discuter de ses sensations et des techniques posturales, c’est le genre d’échanges que Matthieu cultive avec son père après une séance de yoga. Lorsqu’il découvre l’ashtanga à 28 ans, c’est un coup de foudre. « Par la suite, j’ai testé d’autres styles jusqu’à trouvé celui qui pouvait plaire à mon père je l’ai convaincu d’essayer. Pour moi, c’était un acte de gratitude pour tout ce qu’il m’avait donné ». Depuis, ils prennent régulièrement des cours ensemble et suivent des stages de méditation. Tous ces moments partagés dans l’écoute et le recueillement sont certainement autant d’occasion de retisser des liens…

 

Quand la famille secoue le cocotier

 

Liens familiaux trop lâches, trop forts, dans la vie comme en yoga, tout est affaire d’équilibre. Un équilibre qui évolue en permanence. On peut se préparer à la rencontre familiale hebdomadaire, mensuelle ou annuelle en prenant du recul, en veillant à se contrôler, en mettant les vieilles rancoeurs en sourdine. Mais lorsqu’il s’agit d’une famille nucléaire, le travail est quotidien et constant ! On atteint vite le seuil de tolérance et la cocotte minute se met à siffler. C’est précisément à ce moment que le yoga peut devenir un soutien. Et pas question d’en faire une sortie de secours.

 

« Je ne me suis jamais installé sur mon tapis pour fuir les hurlements nocturnes de mes enfants lorsqu’ils étaient bébés », plaisante Linda, professeur d’ashtanga dans le centre qu’elle a crée à Paris avec son mari, Gérald. « Bien sûr que j’étais fatigué, énervé, je n’avais pas mesuré à quel point un enfant pouvait faire voler en éclat tout le contrôle de soi mis en place à travers une pratique quotidienne, une alimentation stricte, un mode de vie régulier, … Je pensais pouvoir facilement maîtriser la situation mais avec les enfants il faut sans cesse s’adapter ».

 

Or, n’est-ce pas précisément ce que l’on cherche à faire en yoga ? Adapter la posture, les efforts, le rythme à l’état dans lequel on se trouve au moment de la séance. A force d’être à l’écoute et de s’adapter, on gagne en souplesse : il y a des règles à respecter mais elles ne doivent pas nous aveugler. Tout comme le corps et notre façon de voir le monde, ces règles peuvent évoluer. Lorsque la famille se sépare, lorsque les enfants partent vivre leur vie, lorsque des bébés arrivent, les règles sont généralement bousculées. Avec des enfants en bas âges, exit le sommeil régulier, la pratique matinale, les repas longuement préparés, … Il faut revisiter toutes les règles mises en place. L’important est d’établir soi-même ses nouvelles règles et d’en accepter les conséquences –jusqu’à un certain point. C’est ce qu’on appelle en yoga les yamas et niyamas, règles de conduite envers les autres et soi-même.

 

Namasté

 

Par Anaïs JOSEPH, rédactrice en chef de Yoga Journal et enseignante de Yoga

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