fbpx

Vis ma vie de yogini débutante

Par Mathilde Piton

Illustration : Lise Batsalle

 

Après des longs moments de tergiversation, je me lance enfin : je vais FAIRE DU YOGA. Ma mère me le recommande – sans doute son côté cinquantenaire épanouie qui s’est mise au tai chi – mes copines aussi et même mon psy. Mon mec est sûr que ça va me permettre de faire des prouesses au lit, il confond sûrement yoga et kama sutra.

J’ai une petite voix dans la tête qui me dit de me lancer, que ça va me faire du bien, que je pourrais même perdre 2-3 kilos superflus, et une autre voix qui me dit que c’est une activité… ennuyeuse. Non pas que je sois une sportive acharnée. Je marche vite, c’est le sport n°1 quand on vit à Paris, j’aime bien essayer de nouvelles activités – pilates, zumba et même récemment l’aquabike. Mais j’ai toujours arrêté au bout de quelques séances. Je n’accroche pas plus que ça. Le yoga est tendance. Mais est-ce que c’est pour moi ?

Je suis passée un soir, en sortant du boulot, dans la salle de yoga pas loin de chez moi, mais la fille de l’accueil m’a effrayée : elle était trop calme. Trop souriante, trop joyeuse. Elle m’a dit que le cours du mercredi soir était complet, et m’a suggéré de revenir dimanche en début d’après-midi, c’est un cours pour débutants. « Prends des vêtements confortables et moulants. » a-t-elle ajouté.

Confortable et moulant : un combo jamais expérimenté. J’associe confortable à large et difforme, et moulant à gênant.

J’ai un legging épais noir dans ma penderie. J’ai vérifié qu’il n’était pas transparent aux fesses en me penchant devant mon miroir : cette vérification acrobatique m’a prouvé que la souplesse, ce n’est pas mon truc. Est-ce qu’on peut faire du yoga en étant aussi souple qu’un manche à balai ?

Le Jour J, je stresse. Ce n’est pas la même fille de l’accueil qui est là aujourd’hui, mais un mec géant au teint d’endive, qui sirote un smoothie vert. Il me conduit aux vestiaires, je me change et j’hésite à prendre mon portefeuille avec moi dans la salle. Peut-on laisser ses affaires en toute sécurité dans un studio de yoga ?

Je déroule mon tapis couleur prune, que j’ai pris dans le tas de tapis, mis à disposition de tout le monde. Ça va contre mes principes d’hygiène. Mais je m’allonge dessus, comme si j’étais à la plage. J’ai peur de sentir des pieds.

La prof arrive, elle porte une tenue toute blanche : c’est moi ou elle brille ? C’est peut-être ça l’effet yoga. Je veux son secret.

Le cours commence, c’est un peu comme jouer à « Jacques à dit » : on lève les bras on inspire, on les baisse, on expire. Je ferme les yeux et je me laisse guider. Je suis lente à trouver comment mon coude gauche peut se mettre à l’extérieur de ma cuisse droite, tout en ayant les genoux pliés et les pieds au sol, mais avec les orteils relevés. La prof annonce le nom de la posture en français : la posture de la chaise retournée. Puis elle le dit en sanskrit. Ça a l’air super compliqué.

On bouge beaucoup, mon tee-shirt Viva Ibiza se retrousse, découvrant mes bourrelets de ventre. Je transpire, j’expérimente des muscles inconnus jusqu’à présent. A nouveau, j’ai la confirmation de mon manque de souplesse, mais la prof dit de ne pas forcer. La dernière posture du cours est une posture de relaxation, je suis allongée sur le dos. Je suis crevée, je me suis dépensée et en même temps, je ne pense plus à rien, je suis bien. La prof me fait même un massage de crâne. Je l’aime.

A la fin, je retiens un fou rire quand on chantonne « om ». Trois fois d’affilée pour « clore la pratique ». J’ai ouvert un œil sur le côté, oui, tout le monde a les mains en prière à la poitrine. On dit Namaste, on se salue et c’est terminé. Ça y est, j’ai suivi mon premier cours de yoga. Je l’ai fait.

Est-ce que le yoga c’est pour moi ? Après mon premier cours, ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Le cours n’était pas statique : on n’a pas arrêté d’enchaîner les postures. J’avais du mal à coordonner la respiration et les mouvements – sans doute les clopes que je fume (de temps en temps seulement, promis). Le cours ne m’a pas semblé long, malgré les 90 minutes qui m’effrayaient au départ. Je pensais que les autres participants seraient bizarres, mais quand ils ont remis leurs vêtements de ville, ils étaient normaux, enfin, comme moi. Bref, j’avais des tas de préjugés.

Le soir même, je n’ai pas eu envie de fumer, alors que c’était dimanche soir et que les dimanches soir me dépriment. J’avais envie de respirer pleinement. J’ai demandé à mon copain si ma peau brillait. Il a froncé les sourcils et m’a demandé ce que j’avais fait au yoga. « Tu devrais venir avec moi pour voir. » Il a répondu : « Jamais ! »

J’ai dormi comme un bébé cette nuit-là.

Le lendemain, je n’ai pas réussi à mettre mes lunettes sur mon nez : j’avais bel et bien découvert de nouveaux muscles à l’arrière de mes bras.

J’y retourne vraiment la semaine prochaine.

Rubrique de « Vis mas vie de Yogini » à retrouver dans tous els numéros de Yoga Journal, épisode du magazine N°1

Très belle journée, Namasté

 

Laisser un Commentaire