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Yoga et petit cubitus valgus, également appelé carrying angle

Par Cheyenne Ravarino-Trinquier,

Avez-vous déjà senti un certain inconfort voire de légères douleurs au niveau du coude voire même de l’épaule après une pratique de yoga ? Si oui il se peut que vous ayez ce que les anglo saxons appellent : un carrying angle.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Il s’agit d’une légère déformation du coude, qui est assez courante, surtout chez la gente féminine. C’est un très léger « cubitus valgus », un angle formé entre l’axe légèrement dévié de l’avant bras et l’axe de l’humerus.

Comment vérifier que vous avec effectivement ce léger cubitus valgus ? Tendez vos bras le long du corps, les paumes de mains vers l’avant, et faites une rotation extérieure des bras, certaines personnes ont les bras qui forment une ligne droite le long du corps, mais d’autres remarqueront alors éventuellement que les avant bras et les mains s’éloignent vers l’extérieur du corps, les bras ont comme la forme d’un boomerang. C’est ce qu’on appelle un carrying angle, entre 5 et 15°, au-delà le terme médical est Cubitus valgus.

Il n’existe, fort heureusement, aucune contre-indication à la pratique du yoga pour les gens ayant cette déviation du coude. J’en ai moi-même une, et je pratique quotidiennement depuis de nombreuses années. Il faut toutefois être vigilant et apporter quelques modifications à certaines poses afin de pouvoir profiter de sa pratique sans générer de blessures, car les détenteurs de cette forme de bras, ont tendance à avoir des poignets plus faibles.

Les postures affectées par le carrying angle sont celles avec les bras tendus et porteurs du poids du corps. Celle qui vient en premier à l’esprit est incontestablement Adho Mukha Svanasana, le chien face en bas.

Les coudes n’ont en effet pas l’air droit dans cette asana, et la règle commune qui énonce que l’intérieur du coude doit regarder vers l’avant posera plus de problèmes qu’elle n’en résoudra car le problème n’est pas modifiable, il résulte de la forme des os au niveau du coude.

En effet, pour « corriger » cela il faut procéder à une rotation interne du haut du bras, et de fait, perdre la rotation externe des épaules, si importante dans la posture du chien face en bas. La conséquence sera de perdre de la stabilité dans les épaules, stabilité qui est recherchée dans cette asana, et tout particulièrement lorsqu’on saute du chien en handstand, ou bien que l’on passe du chien à la planche et chaturanga, enchaînement très pratiqué en yoga vinyasa.

Ce qui va aider c’est de renforcer ses bras pour tenir sa posture plus solidement, car en effet lorsque nos os sont structurellement parfaitement alignés cela permet de porter le poids du corps sans trop d’efforts car le stress du poids est pris par l’alignement des os, et non par les muscles ou les articulations. Ici en l’occurrence cet alignement des os est structurellement impossible. De fait, il faut pallier ce manque en renforçant le travail musculaire pour maintenir une stabilisation de la posture.

Il faut aussi penser à avoir le haut des bras un peu plus serré que la normale et les mains légèrement tournées vers l’extérieur. La fondation solide de la pose viendra du travail fourni par le triceps et la coiffe du rotateur, il fait physiquement serrer le haut du bras et les remonter vers l’articulation de l’épaule. Ce mouvement aide à créer la ligne d’énergie nécessaire dans le chien face en bas qui permet de pousser les ischions vers l’arrière et d’optimiser ainsi l’étirement procuré par la posture.

L’équilibre sur les mains (Adho mukha vrksasana) est, comme je l’ai dit plus haut, également affecté par le carrying angle et les mêmes modifications que pour le chien face en bas peuvent être apportées. Une autre asana à laquelle on ne pensera pas forcément qui peut être affectée, est Urdhva Dhanurasana, la posture de la roue, cette intense flexion arrière. En effet cette légère déformation du coude peut rendre difficile l’ouverture des aisselles et le travail des omoplates, et compromettre encore une fois la stabilité de la posture.

Il faut toutefois préciser qu’il existe également un certain nombre d’asanas qui bénéficient de cette forme de bras qui devient alors un avantage, comme par exemple Salamba sarvangasana (la posture de la chandelle) car il devient alors plus facile de ramener les coudes vers l’intérieur et permet ainsi un meilleur placement des mains sur le dos.

Mayurasana (la posture du paon) aussi tire un avantage de cette légère déformation, qui autorise dans ce cas le yogi à avoir ses avant bras mieux centrés et mieux placés sous le torse.

Comme je l’ai souligné le carrying angle est assez commun, plus répandu chez les femmes et chez les personnes de petites tailles, il n’est absolument pas un handicap, il suffit tout simplement de savoir adapter ses postures en conséquence, et ne pas hésiter à en parler à son professeur de yoga si il (ou elle) essaye de corriger le placement des mains par exemple. Il se peut tout simplement qu’il (ou elle) n’ait pas remarqué la forme du bras. L’important est de pratiquer en tenant compte de son corps qui est différent de celui de son voisin de tapis. Il faut parfois savoir s’adapter pour s’assurer de pouvoir pratiquer jusqu’à 120 ans !

 

Cheyenne Ravarino-Trinquier

Professeur de yoga à Monaco et dans le sud est delà France, Cheyenne a commencé par des études de droit et de journalisme. Après avoir pas mal navigué dans le milieu de la nuit, elle participe au Burning man, un événement incroyable dans le désert du Nevada, et c’est une expérience qui va changer sa vie. En rentrant, elle se met assidûment au yoga et à la méditation, devient végétarienne puis « vegan à la maison ». Au fil des années elle décide de partager sa passion pour le yoga et commence des formations avec entre autres Shiva Rea. Aujourd’hui elle a trouvé sa voie, et enseigne le SmartFLOW de Annie Carpenter. Elle suit encore, auprès d’elle et d’autres professeurs de la même veine, des trainings chaque année, car pour être un bon professeur il faut avant tout être un bon élève. 

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