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Yogathérapie : Un outil magique pour gérer le stress

La respiration du yoga est utilisée dans des consultations médicales pour diminuer les effets d’un état de stress post-traumatique. Nina en a ressenti les bienfaits lors d’une séance de yogathérapie à l’hôpital.

Par le Dr Jocelyne Borel-Kuhner

Photos : Lionel Piovesan – Modèle : Sharleen Mary

 

En cette fin de journée, Nina arrive en retard à ma dernière consultation. Elle entre dans le box, tête baissée, épaules rentrées, regard fuyant, s’excusant et ajoutant : « Docteur, vous savez, je n’ai pas beaucoup pratiqué depuis la dernière fois et, en plus, avec tous ces bruits de sirènes d’ambulances dehors, j’ai mal à la tête. »

 

Depuis deux mois, je la prends en charge pour des douleurs cervicales et des maux de tête. Nina a toujours eu des migraines et ses parents en souffrent également. Plus jeune, cela lui a valu des séjours à l’hôpital par crainte de pathologies plus graves. Le diagnostic a été confirmé à son adolescence. L’histoire de cette jeune étudiante est également marquée par un épisode de stress important suite aux attentats parisiens dont elle garde particulièrement en mémoire les lumières et les sirènes des pompiers.

 

Aujourd’hui, l’attitude anxieuse de Nina m’incite à envisager une séance qui devrait lui permettre de ressentir le lien entre état émotionnel et attitude corporelle. C’est une approche plutôt différente de nos exercices habituels de rééquilibrage axe pieds, bassin, rachis. Pour cela, je l’invite à me décrire son ressenti du moment. Elle reste figée sur sa chaise, me regardant droit dans les yeux, ce qui me permet de voir quelques larmes perler au bord de ses paupières. Je lui propose de me dire où se situe cette sensation dans son corps. Elle me répond : « J’ai peur des sirènes et ça m’énerve. »

 

– D’accord, Nina, mais cette peur, où est-elle dans ton corps ? Quel est ton ressenti ?

– J’ai froid, je ressens de la glace dans le cœur, dans les mains. Mes mâchoires se serrent comme si je voulais exploser, mais je gèle avant ! »

 

Pendant cette description, je remarque l’accélération de sa respiration, ses poings fermés et son intense sursaut au bruit d’une ambulance qui passe, toute sirène hurlante. Nous sommes donc devant les effets d’un état de stress post-traumatique (ESPT) (voir encadré).

 

Je lui explique alors que cela vient probablement du résidu de peurs mémorisées dans son cerveau reptilien. Que tout ceci est physiologique et nous a permis, en tant qu’êtres humains, de survivre dans un environnement souvent dangereux. Néanmoins, il s’agit maintenant d’une réaction corporelle inadaptée à la situation et donc irrationnelle. Doucement, je lui propose de prendre bien conscience des sensations du corps sans interpréter, sans juger, juste ressentir, puis de respirer par les deux narines, en redressant le bassin, le dos et la tête, et de tout souffler fort par la bouche en vidant bien et en se penchant en avant. Nous refaisons trois fois l’exercice. Elle se redresse, ébauche un sourire.

« Que se passe-t-il, Nina ?

– J’ai chaud et je me sens plus calme. »

 

J’explique alors l’importance du corps dans la gestion des émotions, autant comme indicateur d’un trouble qui va survenir que comme outil pour gérer un débordement. Je lui précise que nous allons faire une séance associée à une respiration spécifiquement apaisante, dite le victorieux « Ujjay »*.

 

Respiration en posture debout

Pieds légèrement écartés, bras le long du corps, laisser la verticalité s’installer, ressentir les hanches lourdes s’effondrer dans les cuisses et les pieds, laisser les épaules sans résistance et la tête se poser sur cet axe, regard droit, mâchoires relâchées.

Respiration nasale, avec Ujjay sur l’inspiration et l’expiration en prenant conscience du son.

Synchronisation d’un mouvement : expirer lentement puis inspirer en Ujjay en portant les bras ouverts de chaque côté,

suspension du souffle, expirer en s’inclinant (bras et tronc), vers la gauche,

revenir à la verticale sur une inspiration Ujjay, prendre le temps d’une suspension, puis aller de l’autre côté en expirant. Ceci correspond à un cycle. Continuer ainsi 5 à 10 cycles en se laissant bercer par le souffle et le mouvement. Puis revenir en position de départ et accueillir les sensations.

 

Respiration en posture du Triangle

Depuis la posture debout, écarter les pieds de la largeur du bassin. Mains à la poitrine, inspirer en Ujjay en écartant les bras.

Sur l’expiration, basculer dans le plan du dos à gauche, déposer la main gauche en appui sur la cuisse ou la jambe.

Le bras droit reste à la verticale. Respirer en Ujjay sur 1 inspiration et 1 expiration, puis revenir dans l’axe, relâcher et respirer normalement. Recommencer de l’autre côté.

 

Après ce « balancement », comme bercée, d’un regard doux, Nina m’interpelle en m’expliquant qu’elle se sent la tête comme dans un nuage de coton silencieux, un peu en suspension et que c’est plutôt agréable. J’en profite pour poursuivre sur quelques minutes de pranayama que nous allons faire assises en tailleur.

 

Respiration en posture assise 

Après une inspiration en Ujjay par les deux narines, effectuer une petite suspension. Fermer la narine droite avec le pouce puis expirer le plus lentement possible par la narine gauche. Reprendre l’inspiration Ujjay par les deux narines, suspension, expiration par la narine gauche. Répéter ce cycle cinq fois.

 

Nina prend un rythme lent régulier et je lui demande de terminer par une inspiration profonde douce, de retenir l’air sans forcer, en ajoutant une légère contraction du périnée, du ventre et du menton (trois bandhas), puis d’expirer par les deux narines dans la verticalité, mains sur les genoux. Je lui suggère d’inspirer de nouveau et enfin de se pencher en avant en enroulant la tête et les épaules vers le sol sur l’expiration et rester en accueillant.

 

Ainsi se termine la consultation où je vois Nina très calme, se redresser, regard lumineux, sourire aux lèvres. Je lui explique que cette sensation se répercute dans tout son corps et dans son cerveau, que nous avons travaillé sur le nerf vague de manière à freiner le système sympathique (système nerveux associé à la fuite, au combat ou à la paralysie), ce qui contribue en grande partie à l’effet apaisant. Je rajoute que le bénéfice sera encore plus important si elle répète quotidiennement cette séance, de préférence le matin. Elle quitte la consultation en me tendant une main vigoureuse et me remerciant de lui avoir fait connaître « le souffle victorieux ».

 

*Ujjay: petit son dû à la résistance par réduction du passage de l’air dans la gorge, et obtenu en resserrant légèrement la glotte, quasi inaudible de l’extérieur (comme un petit ronflement, mais en respirant par le nez)

 

État de stress post-traumatique (ESPT)

Ce trouble anxieux apparaît à la suite d’un événement traumatisant, souvent associé à la peur de la mort. Il se manifeste au début par des cauchemars, puis par un ou plusieurs signes comme l’irritabilité, des peurs irrationnelles, des évitements de situations… Il peut durer quelques jours, semaines, mois… Si les symptômes persistent plus longtemps, il s’agit d’un trouble chronique qui nécessitera une thérapie adaptée.

 

Exergue si nécessaire :

« Le corps est important dans la gestion des émotions, autant comme indicateur d’un trouble qui va survenir que comme outil pour gérer un débordement. »

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